Rister, ou le bonheur déstructuré

Rencontre avec Rister, qui signe les visuels d'Invisible Happiness. Illustrateur et tatoueur devenu peintre, il déstructure les paysages jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une forme. Conversation autour de sa démarche, de l'arbre qui traverse toutes ses toiles, et de ce que ça fait de voir ses oeuvres vivrent sur un vêtement.

Comment dessine-t-on un bonheur qui, par définition, ne se voit pas ? Pour Invisible Happiness, Rister a répondu à sa façon : en déstructurant le paysage jusqu'à n'en garder que l'essentiel : une forme, une couleur, une sensation. Peintre, illustrateur et tatoueur, il nous a ouvert les portes de son atelier.

Hello, Antoine (Rister), merci de nous accueillir ici dans ton atelier. Une première question forcément évidente et qui fait écho à notre collection : « Invisible Happiness », ça t'évoque quoi ?

Rister : Vaste question, mais pour moi ça parle des petits moments de joie qu'on ressent quand on a la tête dehors, avec toujours ce rapport à la nature. Ce thème est hyper large et rassembleur, et c'est ce que j'aime chez Olow : un simple mot posé sur une collection, universel et multiple à la fois. Pour un artiste c'est très confortable car tu peux venir  défricher à ta manière. Moi, j'ai joué le jeu à fond, presque comme un exercice d'école : aller chercher mes idées à l'intérieur du thème. Ça m'a même ramené à des choses que je ne fais plus trop, les petits personnages de « Feed my garden » qui arrosent leurs plantes, un registre plus illustratif que ma peinture d'aujourd'hui.

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Justement, ta peinture d'aujourd'hui tend vers le signe, la forme… tu peux nous raconter?

R : Tout est venu de la peinture. Après des années d'illustration et de tatouage, j'avais envie que mes toiles prennent leur propre direction : des compositions, des formes, des couleurs, des textures, plutôt que la simple représentation de quelque chose. La réflexion est toujours là, elle porte juste ailleurs, sur la manière d'agencer les formes et les couleurs. Je me constitue un répertoire de formes qui me ressemblent, comme un illustrateur affine son perso jusqu'à en faire sa signature, et je les recompose à l'infini. Tout est parti du paysage : le sud de la France, la maison de ma grand-mère, où je retourne chaque année me ressourcer. J'ai cherché à peindre ces endroits de la façon la plus personnelle possible, la moins reconnaissable au premier coup d'œil.

Il y a une forme qui te suit depuis le début ?

R : Un chêne hyper biscornu qu'on voit depuis la terrasse de ma grand-mère, avec une branche qui coule vers le sol. Je l'ai tellement déstructuré qu'on ne le reconnaît plus, mais il est toujours là : c'est ma forme de départ. Quand j'attaque une toile, je la trace, je sais que c'est un arbre qui arrive, et je compose autour des ronds, des carrés, des cercles texturés qui finissent par ressembler à des pierres. Il y a aussi un oiseau devenu deux simples triangles emboîtés, le corps et l'aile. Je pars toujours d'un truc réel pour arriver à quelque chose qui paraît abstrait : le réel, c'est mon point d'ancrage, et le déstructurer, c'est ma façon de me l'approprier vraiment.

Tu préfères qu'on lise tes signes ou qu'on les ressente ?

R : Les deux me vont, et c'est justement ce que j'aime. Certains y voient une image totalement abstraite, d'autres devinent une montagne, un soleil, une ligne d'horizon. Ce sont des formes très concrètes pour moi, mais assez ouvertes pour que chacun y projette sa propre lecture. Je laisse l'interprétation libre.

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Qu'est-ce que ça change, de travailler pour du vêtement ?

R : J'ai fait confiance à l'équipe à 100 % pour me guider. Je me suis concentré sur mes peintures et mes images, du mieux que je pouvais, et je leur ai laissé toute la partie « comment ça vit sur un tee, un pull, un sweat ». C’est leur métier, ils savent se projeter et voir ce qui va fonctionner. Ça m'a libéré : je peignais, eux traduisaient.

Une pièce coup de cœur dans la collection ?

R : Deux même, les deux pulls en laine évidemment. Le premier (Pull Pinhal), celui que je portais pour la vitrine à Paris, c'est vraiment mes couleurs et mes formes d'arbres, bien réinterprétées : il me ressemble. Le second (Pull Superbloom) joue sur d'autres teintes, bleu, violet, marron, beige… c'est le zoom abstrait d'une peinture de montagne faite sur place. Ils sont allés chercher le détail dans les taches de couleur, et le rendu est superbe. Il y a aussi le petit cardigan, avec sa grande ligne d'horizon et sa toute petite maison, une image que je trace depuis longtemps en flash tattoo. « Ma petite maison perdue au milieu de nulle part » : tout de suite, on comprend l'idée d'évasion, ce pas de côté qui est au cœur de la collection.

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Le Komorebi et le Super Bloom sont nés pendant la résidence.

R : Deux images que Valentin avait repérées, de très belles photos qui disaient exactement l'esprit de la collection. Il m'a proposé de les réinterpréter en peinture. Je ne pars jamais d'une photo, d'habitude, alors j'ai tenté et j'ai adoré. On s'est posés avec des toiles, j'ai peint ces deux pièces, il a kiffé. C'est tout ce que j'aime : sortir de sa zone de confort et tester. Ce côté un peu punk, un peu à l'arrache, Olow l'a gardé depuis vingt ans, c'est précieux, et ça laisse aux artistes une vraie liberté pour s'exprimer.

Et la suite ?

R : Full peinture : je prépare un duo show avec mon pote artiste Yakès pour novembre. J'ai aussi fait beaucoup de fresques ce printemps et cet été, de la peinture en extérieur un vrai plaisir. Et toujours un peu de tatouage à droite à gauche. On cherche à évoluer en permanence, à ne jamais stagner, et ça me va bien en ce moment.

Propos recueillis par Damien Gillet

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Photos : Nina Ducleux

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