Nao Tatsumi nous fait voyager grâce à Google Street View
Journal
C’est en voyageant derrière son petit écran d’ordinateur et en reproduisant ses paysages que Nao nous offre sa vision édulcorée du monde.
Cette Illustratrice japonaise, diplômée de la conception architecturale de l’art à Université de Tsukuba, développe une fascination pour l’outil Google Street View qu’elle utilise de façon totalement insolite. Rencontre avec cette artiste hors du commun qui nous fait voyager dans un univers bien à elle.
Hello Nao, où te trouves-tu en ce moment même ? Comment occupes-tu ta journée?
Salut !
En ce moment, je reste chez moi au Japon et je travaille sur de nouvelles peintures pour mon exposition personnelle. Je lis aussi des livres presque toute la journée.
Tu utilises Google Street View de façon totalement insolite. Comment t’es venue cette idée ?
Au début, il s’agissait simplement de rechercher le motif des paysages de pays étrangers. Au fur et à mesure que j'avançais, cette idée est devenue de plus en plus attrayante. Je trouve cette façon de peindre le monde très intéressante, c’est une approche moderne.
Tu voyages beaucoup, mais ton écran te permet de flâner au travers de paysages difficilement atteignables dans la réalité, à moins de faire 15h de routes totalement désertes. Est-ce pour toi un moyen de t’évader ?
Ce n'est pas pour éviter de passer du temps à voyager. Le point le plus important est que je peux partager des paysages avec des gens du monde entier. Comme une information neutre provenant de "l'œil de personne" (c'est-à-dire l'œil du véhicule Google street view). C'est un voyage virtuel. Je peux présenter mes peintures comme une conséquence du fait de regarder quelque chose d'un point de vue subjectif.
Ton style est figuratif et très coloré. Tu redonnes vie à des villes, tout en les laissant complètement vides. Je voyage hors du temps lorsque j’admire ton travail. Est-ce un contraste volontaire ?
J'ai voulu dessiner les gens en ne les dessinant pas. En exprimant l'absence de leur présence, et en faisant aussi le contraste entre la réalité et la fantaisie. Je crois que les gens peuvent sentir qu'ils habitent mes tableaux.
Quand j’observe tes oeuvres, je ne peux m’empêcher de penser aux « oiseaux de nuit » ou à « Gas » d’Edward Hopper. Connais tu cet artiste peintre ?
Oui, la façon dont il découpe la scène et saisit les contrastes de lumière et d'ombre m’impressionne. Je pense que mes peintures à l'huile sont influencées par ses œuvres après avoir vu son "Early Sunday Morning" au Whitney Museum of American Art à NY, en 2019.
A quel âge as-tu commencé à peindre ? As-tu baigné dans un milieu artistique étant petite ?
J'ai commencé à peindre il y a 5 ans pour de bon. Avant cela, je ne savais pas comment m’y prendre et cela me frustrait.
Dans mon enfance, j'étais introvertie. Je dessinais toujours quelque chose ou je lisais des livres et je regardais des films. Ce n'était pas un environnement artistique, mais mes parents possédaient un magasin de vêtements et j'étais entourée d'articles à la mode.
Tu vis au Japon. C’est un Pays que je rêve de découvrir. Quel est l’endroit où tu te sens le mieux pour peindre au sein de cette immensité?
J'imagine toujours que je peins à tous les endroits où je peux me connecter avec ma jeunesse. A Fukushima par exemple et j'aimerais le faire si j'en ai l’occasion.
Tu as exposé tes oeuvres à plusieurs reprises à Tokyo. Quels sont tes futurs projets ?
Mon exposition personnelle aura lieu à Barcelone en 2020, ce sera ma première exposition à l'étranger. Après cela, j'aimerais beaucoup exposer mes œuvres à Paris. Je serais très reconnaissante si une galerie parisienne s'intéressait à mes œuvres.
Interview réalisée par Garance Delabriere