Les cartes et le territoire - Arnaud Benureau

Les cartes
et le territoire

par arnaud benureau, rédacteur

Arnaud est un très bon ami, membre fondateur de l’excellent collectif créatif Yodel à Nantes, rédacteur chevronné et passionné de vélo. Une bonne partie de sa vie et de sa plume tourne d’ailleurs autour de ça. L’année dernière, il nous livrait le souvenir pluvieux d’une excursion sur son deux roues, aujourd’hui, il nous embarque à bord de la compagnie Océane, direction Belle-Île.

Un soir d’hiver. Un SMS : « Va prendre l’air… » Ok. Mais où ? Là, on connaît par cœur. Par là-bas, on verra plus tard. Pas trop loin non plus par faute de temps… Ce même soir d’hiver. Un nouveau SMS : « belle ile ». Pas de majuscules. Pas de trait d’union. Pas d’accent circonflexe. Pas de ponctuation. Ok. TER, puis Compagnie Océane pour arriver finalement aux portes du Palais.

" Les pieds dans l’eau ou presque et cette agréable sensation d’être seul au monde. "

Tellement seul au monde que pendant trois jours et deux nuits, nous ne croiserons personne ou presque. À l’exception de quelques îliens accoudés au comptoir de La Godaille et légèrement circonspects face à notre présence sur leur caillou. Le plus grand de Bretagne. On ne s’attarde pas. C’est la réunion informelle du tennis club de Belle-île. Et puis, le lendemain, on veut voir Belle-Île se réveiller.

Le spectacle se révèlera étonnant. Ici, au Palais, on ne voit finalement pas simplement une ville sortir du lit. Mais bel et bien tout un territoire, un paysage se mettre en scène. Pour autant ici, rien n’est figé. Et tout est constamment mouvant, changeant : la lumière, l’horizon, le décor, l’atmosphère… 

" Sous nos roues, les chemins, les voies cyclables, la dorsale qui déchire l’île de Locmaria à Sauzon, les ruelles défilent de manière paisible. "

Au près, personne. Au loin, toujours personne. Aux alentours, deux promeneurs. On arpente Belle-Île de manière complètement anarchique. On vire à gauche quand bon nous semble. Pareil pour tourner à droite. On ne sait même plus si nous devons découvrir le caillou dans le sens d’une aiguille d’une montre. Du Nord au Sud. D’Est en Ouest ou inversement.

Selon notre Garmin, nous ferons près de 200 kilomètres sur l’ensemble de cette échappée en solitaire. Ressenti, toute une vie. Tant chaque recoin de l’île est venu percuter notre pneu avant.

On pensait découvrir Belle-Île hors saison. On l’a vécue or saison.

Arnaud Benureau

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