L'art du portrait par Twotma
L'art du portrait par Twotma
L’art du portrait par Twotma
Rencontre avec l'artiste affichiste aimée pédezert aka twotma
Photographies par Nina Ducleux
Aimée Pédezert, aka Twotma, est une street artiste française. Si elle a fait connaître son travail dans les rues de Lisbonne, elle est aujourd’hui basée à Paris. Son style, au trait libre et appuyé de ses propres mots, provient d’une manière de dessiner impulsive et faussement approximative. Toujours à l’encre de chine, elle diffuse sa poésie via des collages sur les murs. Elle tire son inspiration du quotidien, distillant son engagement à travers des illustrations à la fois romantiques, sarcastiques et utopiques.
De cette première collaboration avec l’artiste, on a voulu aller plus loin que les vêtements, et aborder avec elle ses talents d’affichiste. Après avoir recouvert les murs de notre boutique/bureau parisienne de ses portraits inspirés des années 70, on l’a invitée à réinterpréter des slogans de cette même époque, pour venir s'afficher sur les murs de Nantes. L’occasion au passage de parler de son travail d’artiste.
Quel est ton parcours artistique ?
J'ai toujours peint - de mon enfance il n'y a pas une photo où je n'ai pas un pinceau, un crayon à la main. Peindre, créer, a toujours été le prisme à travers lequel j'envisageais mon rapport aux choses, aux gens, au temps. Et pourtant jusqu'à très tard, il me semblait inconcevable de prendre ma passion au sérieux, de regarder mon plaisir en face et tenter d'en faire mon métier.
J'ai choisi des études visant à accompagner les artistes, je me disais: si je ne plonge pas dans l'aventure d'être artiste moi-même, au moins, je graviterai autour d'eux, ces libres penseurs/faiseurs qui nous proposent d'échapper à la réalité - et je m'appliquerai à ce que leurs visions soient vues, reconnues, célébrées. Bien vite je me suis rendue compte que cela ne suffirait pas, et que mon besoin d'exprimer quelque chose de personnel, dans la matière, avec les mains, se faisait plus vif, plus brûlant, et qu'il devait d'une manière ou d'une autre, s'imposer.
En 2016 j'ai quitté mon job de galeriste à Bordeaux, et sans objectif particulier, j'ai pris un aller simple pour Lisbonne. Il me fallait quitter la ville où j'ai grandi, ma famille, mon entourage, il fallait partir ailleurs, pas forcément loin mais juste assez, pour me détendre, respirer un grand coup et me recentrer. Et c'est ce qu'il s'est passé.
Quel est ton lien au portrait ?
Lisbonne et la solitude enfin trouvée m'ont rendue folle de joie et de créativité. J'ai alors mis en place un rituel : chaque matin - je suis une lève-tôt - je me rendais au café. Dès l'ouverture, à 6h30, j'étais installée. J'emmenais mon bloc de papier, pinceau, encrier, et je dessinais les scènes de vie que je voyais se dérouler sous mes yeux. J'étais infiniment curieuse des gestes, des expressions, des sonorités de la culture portugaise que je découvrais. Je ne comprenais rien à la langue, alors tout devenait visuel, sonore, olfactif, sensuel - j'ai donc naturellement et avec bonheur mis mon cerveau bruyant de côté et me suis mise à peindre, frénétiquement, au présent, toute cette vitalité inconnue que j'admirais.
C'est alors que, de nature plutôt réservée, je me suis mise à inviter les gens du café à s'asseoir face à moi, le temps d'un portrait. C'était émouvant, la plupart se recoiffaient, se redressaient, prenaient la pose, ils se faisaient beaux comme pour se faire photographier. En deux minutes ils me confiaient une anecdote de leur vie, sur le quartier, sur leur journée, c'était un moment bref qui, étrangement, nous plaçait eux et moi dans une sorte de complicité, que je vivais comme extraordinaire, au coeur même du contexte le plus ordinaire.
C'est par le portrait, donc par les autres, que j'ai commencé à m'exprimer.
Je me suis prise de passion pour le portrait: plus que de dessiner, tenter de saisir l'essence d'un visage devenait tenter de comprendre, à chaque fois, un univers, une histoire, une complexité. Peindre les visages, c'était aller vers l'autre, cette fois tout en étant pleinement moi-même, c'est-à-dire en me présentant pour la première fois, et de façon assumée, comme la rêveuse, la bizarre, l'à-côté que j'avais toujours été. C'est par le portrait, donc par les autres, que j'ai commencé à m'exprimer.
Comment t’es venue l’envie de coller ton travail dans la rue ?
Après des mois de ce rituel, et quelques bon litres de cafés, je me suis retrouvée avec des montagnes de portraits, chacun sur une feuille blanche format A4, à l'encre noire, envahissants la piaule minuscule que je louais. Je les trouvais chouettes, mis côte à côte, avec leurs expressions différentes, ils étaient comme littéralement vivants, j'avais envie de leur trouver un espace pour exprimer cette vie qui émanait d'eux...
...Bon, je vous raconte l'anecdote...
Un type est venu visiter l'appartement, j'avais prévu de déménager. Lors de la visite, je l'observais, je me disais, mince, ces traits-là sont différents, j'aimerais vraiment le dessiner - mais en deux secondes il était déjà reparti, et je me retrouvais seule face à ma feuille de papier. Je me suis donc mise à le croquer de mémoire, vite, immédiatement, avant de l'oublier.
Le soir même je retrouvai un ami dans un bar à jazz que j'aimais beaucoup, près du Tage, le "café Tati". "Tu n'as plus qu'à coller tes dessins dans la rue, et voir si tu retrouves ton bel inconnu", en riant, il me dit. J'ai pris son conseil au pied de la lettre: "Have you seen this man?" ai-je ajouté sur son portrait, "Have you seen this woman?", et sur tous les autres - et de nuit je suis sortie coller, comme un jeu, une enquête, "WANTED", avez-vous vu ces personnes ici dessinées?
C'était parti, on ne pouvait plus m'arrêter: tous les matins je dessinais, et toutes les nuits je collais.
La collection actuelle, Fire & Joy, repose beaucoup sur l’idée de renouveau, de contre-culture. Un besoin de communion humaine, de liberté et d’ouverture. Qu’est ce que ça évoque pour toi ?
Le pouvoir de l'imagination, et la célébration des singularités, qui mènent inévitablement vers du neuf, de l'original, de l'étrange, de l'incompréhensible, du décalé. La contre-culture pour moi c'est avant tout l'expression sincère de ces singularités. Je crois aussi que l'imagination est une petite maline, et qu'elle trouvera toujours une voie pour échapper aux modes, aux algorithmes, aux chemins un peu trop sages et trop tracés. Les artistes travaillent nuit et jour à redéfinir et réinventer ce que l'on nomme : liberté!
Les artistes travaillent nuit et jour à redéfinir et réinventer ce que l'on nomme : liberté !
Toutes les pièces de la collection printemps-été en collaboration avec Twotma
Veste Ovada
Pantalon Ovada
T-shirt Fish Eye
T-shirt Tudo Bem
Sweat Eyewear
T-shirt Tudo Bem
Sweat Eyewear Ivoire
T-shirt Fish Eye
Caba Ovada
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www.twotma.com
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