Atelier Clac : le savoir-faire engagé
Atelier Clac : le savoir-faire engagé
Atelier Clac : le savoir-faire engagé
ÉCHANGE AVEC ALEXANDRE, JULIEN ET TRISTAN D'ATELIER CLAC
C’est durant un trajet de covoiturage entre Nantes et Lannion, il y a 10 ans, que Valentin avait rencontré Julien. Ils avaient discuté du concept de collaboration artistique de Olow et avaient échangé leurs contacts. Bien des années plus tard, ils se retrouvent sur le projet de création et aménagement de la boutique Olow dans le centre ville de Nantes. En effet Julien a monté son entreprise avec ses associés Alexandre et Tristan, dans les locaux d’Ici Nantes. L’Atelier Clac mêle plusieurs savoir-faire qui se complètent, comme la menuiserie, le design, l'impression 3D et la ferronnerie. C’est dans leurs bureaux partagés que nous avons pu prendre le temps de discuter du milieu de l’artisanat et de leur travail pour Olow, en compagnie du sympathique Leonberg d’Alexandre.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Alexandre est ferronnier d’art et verrier. Moi, Julien, je suis designer et on travaille avec Tristan, ébéniste et menuisier, qui est notre troisième associé. On a décidé de monter l’Atelier Clac parce qu’on a des compétences qui se croisent plutôt bien. Nos 3 métiers se complètent facilement, avec une partie dédiée au dessin et à la conception.
On a travaillé ensemble sur un premier projet, avant de monter la boîte. Humainement on s’est très vite rendu compte qu’il y avait un bon feeling, ce qui est très important pour nous. Ce projet était assez costaud, on a commencé à en discuter à ce moment-là. On s’est dit finalement que ça serait plus malin de bosser ensemble et puis un mois après on montait la boîte.
En fait, on se connaissait déjà un petit peu, car on se croisait dans les ateliers d’Ici Nantes régulièrement. Julien et moi même avions déjà travaillé sur quelques projets ensemble, on était déjà amis. On connaissait moins Tristan qui lui était arrivé plus récemment dans l’atelier. L’avantage de ce lieu c’est que l’on peut rapidement rencontrer d’autres artisans, travailler ensemble et en profiter pour se tester sur certains projets.
Quels ont été vos parcours ?
Julien : De mon côté j’ai réalisé des études de design industriel. J’ai décidé de monter une micro-entreprise. Je collaborais avec d’autres designers sur des projets d’innovation et de prototypage. C’est d’ailleurs ça qui m’a amené à travailler dans des ateliers. Par la suite j’ai monté un studio de design avec un ami sur Paris pendant 2 ans. J’ai ensuite débarqué sur Nantes, je faisais de la gestion de projet, de la com et du design pour une entreprise d’impression 3d. J’ai ensuite eu l’occasion de rencontrer Alexandre, j’ai commencé à travailler avec lui sur certains projets, c’est ce qui nous a rapproché.
Alexandre : J’ai commencé par un parcours général avant de me reconvertir vers le manuel. J’ai arrêté la fac pour me former dans la ferronnerie, j’ai exercé un peu dans le social avant de faire un passage en vitrail. Comme j’ai eu un peu de mal avec le statut de salarié, j’ai décidé par la suite, de monter ma boîte pendant 4 ans. J’ai pris le temps durant une année de voyager et puis quand je suis rentré sur Nantes, j’ai décidé d’intégrer Make ici.
Tristan a d’abord eu un parcours d’ingénieur son dans le cinéma. Il s’est par la suite installé sur Nantes il y a 10 ans. Il a commencé en travaillant sur les Machines de l'Île un petit moment, en tant qu'ébéniste. Puis il a créé son entreprise en commençant sur le marché de la pipe électronique. Il a par la suite monté sa boîte "Le Menuisier Nantais”, où il a exercé plusieurs savoir-faire comme la menuiserie, l'ébénisterie et la ferronnerie. Puis il a intégré l’Atelier d’Ici Nantes. Lorsqu’il est arrivé, il avait déjà un réseau de clients et a choisi de partager ses projets avec d’autres artisans de l’atelier.
Quelles sont les valeurs d’Atelier Clac ?
En premier ce serait le local. La majorité de nos projets se sont réalisés à moins de 10 km autour de l'atelier, ce qui est déjà plutôt intelligent en termes d’émissions de CO2. Cette localité nous permet aussi d’être dans une approche plus sociale, car on peut se permettre de prendre le temps de côtoyer nos clients, les voir chez eux pour suivre les différentes étapes du projet. C’est une autre manière de travailler que juste répondre à un brief reçu par mail.
On aime aussi faire des collaborations avec d’autres artisans, partager des projets, mélanger les savoir-faire c’est quelque chose qui nous motive.
Après on essaye de travailler de plus en plus avec des pièces et matériaux recyclés, ce n’est pas toujours possible selon les projets, mais c’est ce vers quoi on aimerait se diriger un peu plus. Typiquement pour le projet de la boutique Olow, on a travaillé avec des matériaux dits “déclassés", des matériaux avec des défauts, qui sont exclus des chaînes d’approvisionnement. À Nantes il y a des structures comme Articonnex qui récupèrent des lots de panneaux, avec des défauts et les revendent à un prix plus intéressant au lieu de les balancer ou broyer.
"LA MAJORITÉ DE NOS PROJETS SE SONT RÉALISÉS À MOINS DE 10 KM AUTOUR DE L'ATELIER, CE QUI EST DÉJÀ PLUTÔT INTELLIGENT EN TERMES D’ÉMISSIONS DE CO2."
Comment s’organise la création d’un meuble quand il y a plusieurs savoir-faire ?
Comme Alexandre et Tristan étaient indépendants, ils savaient déjà comment gérer un projet. Ils peuvent travailler un projet seuls, le dessiner avec leurs clients et le fabriquer. Lorsqu’il s’agit d’un projet plus global ou complexe, on va prendre le temps d’en discuter ensemble. Puis je vais me mettre à maquetter sur papier ou ordinateur. On va ensuite faire une sorte de compromis entre nos 3 savoir-faire, l’esthétique et le prix. Alexandre et Tristan pourront se mettre à la fabrication. Et comme on est tous les trois assez flexibles, l’avantage c’est qu’on ne se bloque pas sur un process en particulier.
Concernant le lieu dans lequel on se trouve actuellement, est-ce que vous pourriez nous expliquer un peu plus comment il fonctionne ?
On se trouve chez “Ici Nantes”, une manufacture solidaire et collaborative qui a été créée il y a 3 ans. Avec Julien nous étions dans les premiers résidents et maintenant nous sommes quasiment 60. Le principe, c'est qu’on a accès à ce lieu en payant un abonnement, c’est comme un espace de co-working mais pour artisans. On a accès à toutes les machines, au réseau et d’autres choses qui ont bien été pensées, comme par exemple le camion partagé. Cela nous évite des frais de la location, on sait que quotidiennement on a accès à ce véhicule, des outils et des machines qu’on n’aurait pas pu s’offrir en travaillant dans un petit atelier indépendant. Et puis cet esprit solidaire et collaboratif au sein des locaux nous permet de nous prêter des outils, des savoir-faire et partager des projets.
"cet esprit solidaire et collaboratif au sein des locaux nous permet de nous prêter des outils, des savoir-faire et de partager des projets."
Quels ont été vos premiers projets ?
On a commencé en récupérant les projets de Tristan et d’Alexandre, il y avait pas mal d’aménagement de mobiliers pour particuliers. Puis assez rapidement on a commencé à avoir des projets pour des entreprises. On essaye de s’orienter principalement vers ce type de clients aujourd’hui, car ce sont en général des projets plus conséquents sur lesquels on peut se challenger.
Est-ce que vous avez le souvenir d’un projet en particulier ? Peut-être plus original ou plus compliqué à mettre en place ?
Le tout premier projet que l’on a réalisé ensemble était assez technique. Il fallait fabriquer et poser un escalier d’environ 1.5 tonne avec une terrasse suspendue. Le problème étant que pour transporter une charge aussi lourde, il fallait utiliser un chariot élévateur type Fenwick, mais aucun de nous trois n’avait le permis pour pouvoir le conduire. La pose s’est faite à l’extérieur en plein mois de décembre, sous la pluie. Mais ce projet nous a permis de nous tester. Nous n’avions jamais eu un projet aussi imposant et technique, pourtant on s’en est sorti et humainement on s’est rendu compte que ça collait super bien.
Pour Olow vous avez travaillé sur plusieurs meubles sur-mesure dont un en collab avec Atelier Camion. Vous aviez déjà travaillé avec elles ?
Camille et Marion d’Atelier Camion sont des amies de l’Atelier Mains libres avec qui nous partageons nos bureaux et collaborons sur plusieurs projets. Dès le début du projet de la boutique, il y a eu cette idée de créer un meuble et de le recouvrir avec de la faïence. Comme nous avions déjà vu le travail d’Atelier Camion, on s’est directement dit qu’il serait intelligent de travailler avec elles. C’était aussi intéressant de créer un meuble issu d’une réflexion commune entre Aurélie l’architecte et Atelier Camion, qui ont une maîtrise de ce matériau.
Concernant le début des travaux de la boutique, c’est Valentin qui nous a contacté pour nous proposer le projet. Cela faisait quelques années que je le connaissais, on s’était rencontré dans un trajet de covoiturage entre Nantes et Lannion dans une twingo. C’était les prémices de la marque Olow à ce moment-là, on en discutait sur la route et le concept m’a de suite intéressé car j’aime beaucoup la sape, le dessin, je trouvais ça très cool qu’ils collaborent avec des artistes. On s’était échangé nos contacts à la suite de ce covoiturage. Finalement et de manière assez inattendue, c’est sur un projet de boutique, des années plus tard, qu’on a collaboré ensemble.
Vous aviez déjà travaillé pour du mobilier de boutique et bureau comme pour Olow ?
On n’a pas eu beaucoup de projets de boutiques, ce n’est pas non plus ce qu’on recherche le plus. On va se diriger sur cette typologie de projets quand il s’agit de belles boutiques, quand leur concept nous parle. Là typiquement sur la boutique Olow, le projet était déjà assez séduisant de base, dans ses choix de matériaux, de couleurs. L’ambiance et le concept de la marque nous avaient aussi convaincu. Puis travailler sur un projet global, avec la fabrication de plusieurs meubles c’est challengeant, il y a une réflexion supplémentaire concernant l'aménagement.
"TRAVAILLER SUR UN PROJET GLOBAL, AVEC LA FABRICATION DE PLUSIEURS MEUBLES C’EST CHALLENGEANT, IL Y A UNE RÉFLEXION SUPPLÉMENTAIRE CONCERNANT L'AMÉNAGEMENT."
Est-ce que vous avez un projet en ce moment ou à venir dont vous pouvez nous parler ?
On travaille actuellement sur des lustres. Une amie qui s’appelle Samantha Milhet, designer papier, travaille actuellement sur un projet de luminaires pour le ministère des Finances. Ils sont venus vers elle pour lui annoncer qu’ils auraient besoin d’une cinquantaine d’abat-jour. Comme elle est seule, elle ne peut pas travailler et gérer ce type de production. Elle nous a donc contacté pour nous proposer de fabriquer une cinquantaine de structures en acier pour soutenir les papiers qu’elle a réalisés.
C’est une nouvelle méthode de travail que nous devons mettre en place, car nous avons l’habitude de travailler sur du sur-mesure, la fabrication de pièces uniques, ce qui est totalement différent de la production de petite série. On doit optimiser le plus possible le temps de fabrication et la régularité de réalisation des pièces. Le moindre décalage pourrait créer des difficultés de montage pour elle, on se doit d’être très rigoureux.
Atelier Clac
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