En immersion dans les souvenirs d'Alizée Cayla
Rencontre avec L'artiste
Artiste pluridisciplinaire, Alizée Cayla vit et travaille à Toulouse. À travers un jeu de composition jonglant entre forme, couleur, traits et matières, elle propose une vision du réel empreinte d’onirisme et de sensibilité.
Considérant le monde qui l’entoure comme un tableau grandeur nature, elle pense chaque projet comme une pièce d’un grand puzzle en mouvement.
A l’heure d’aborder la thématique, et de se plonger dans la création, ce sont ses souvenirs d’Australie, de jeunesse en bords de Méditerranée et la lumière de sa région natale qui l’ont guidée.
Peux-tu te présenter brièvement ?
Je suis artiste et designer basée à Toulouse. Mon travail se situe à la frontière entre plusieurs pratiques et se déploie à travers différents médiums : illustration, céramique, peinture ou encore textile. Il part d’une nécessité de donner forme à une expérience sensible. La couleur est souvent le point de départ : elle agit comme un ancrage, une manière d’organiser une perception ou une émotion. À partir d’elle, les formes apparaissent et circulent entre image et volume, au gré des projets et de mes envies. J’explore cette zone de passage où la sensation devient structure, et où la forme lui permet de prendre corps.
On te qualifie d’artiste pluri-disciplinaire, qu’est ce qui t’as amené à croiser les pratiques ?
C’est quelque chose de très naturel pour moi. J’ai toujours eu du mal à me limiter à un seul médium : chaque idée appelle une matière, un support différent. Le dessin est souvent le point de départ, mais certaines choses ont besoin de volume, de la terre, ou au contraire de rester très graphiques. Croiser les pratiques me permet de rester dans une recherche vivante, sans figer mon travail dans une seule forme d’expression.
Quelles sont tes inspirations ?
Elles sont très multiples. Mon travail est nourri à la fois par des souvenirs personnels, des paysages et des voyages, mais aussi par des références artistiques très variées. Ayant grandi à Vence, la présence d’Henri Matisse a forcément influencé mon rapport à la couleur et à la forme. Je suis aussi très touchée par les ambiances d’Edward Hopper et sa manière de capter le silence et la tension d’un lieu.
Plus récemment, j’ai eu un vrai coup de cœur pour Etel Adnan, dont l’œuvre m’inspire par sa capacité à traduire le paysage et l’émotion à travers une abstraction à la fois dépouillée et profondément touchante.
Il y a bien sûr encore beaucoup d’autres influences, notamment issues de la musique et du cinéma. Toutes se mélangent de manière assez intuitive dans mon travail, comme une toile de fond qui accompagne mes recherches et nourrit mon imaginaire.
Tu disposes d’une palette très colorée et lumineuse, a quel point ta région influe sur ton travail ?
Énormément. Le sud a une lumière très particulière, très franche, qui influence directement ma palette. Les couleurs ne sont jamais décoratives pour moi, elles sont liées à des sensations très concrètes : la chaleur, le sel, la pierre, le ciel… Vivre dans cette région m’a appris à ne pas avoir peur de la couleur, à l’assumer comme un langage à part entière. C’est souvent elle qui devient le point de départ de mes compositions.
Salty Lands évoque quelque chose en particulier chez toi ?
Oui, c’est un titre de collection qui m’a tout de suite parlé, ayant grandit près de la mer. Salty Lands évoque pour moi des terres marquées par le sel, le vent, les embruns.. Cette collection a aussi été l’occasion de parler de souvenirs et d’expériences qui m’accompagnent encore aujourd’hui.
Quand on a parlé de l’univers de collection, tu as évoqué ton séjour en Australie, tu peux nous en dire plus ?
Mon voyage en Australie a été un moment fondateur. C’était mon premier voyage « d’adulte », vécu comme une véritable aventure : dormir dans la voiture, avancer au jour le jour, traverser des paysages immenses baignés d’une lumière très brute. Là-bas, tout semblait plus vaste, plus frontal, presque élémentaire. J’y ai retrouvé une relation très physique aux éléments (le vent, la chaleur, la terre, l’horizon) qui est entrée en résonance avec mes souvenirs d’enfance en Méditerranée. Ces deux expériences, pourtant très éloignées dans le temps et dans la géographie, se répondent et ont nourri la diversité des motifs de cette collection, comme deux paysages intérieurs dialoguant à distance.
Dernièrement, tu nous racontais que tu étais tombée sur des fax que votre enseignant avait envoyer à vos parents lors d’un voyage scolaire, tu aurais des anecdotes en particulier à ce sujet ?
Oui, c’était assez drôle et en même temps très émouvant de retomber là-dessus. J’ai tendance à garder beaucoup de choses liées à des souvenirs marquants, et ces fax m’ont immédiatement replongée dans cette classe verte et dans l’atmosphère qui l’accompagnait. Ils étaient envoyés à nos parents par un instituteur que j’aimais beaucoup, lorsque j’étais en CM2, pendant ce séjour sur les îles de Lérins, au large de Cannes..
Il y racontait les nuits passées dans l’ancien monastère, les repas pris ensemble, la vie collective sur l’île et même notre première boom :). En les relisant aujourd’hui, j’ai réalisé à quel point cette expérience m’avait marquée : le silence, l’humidité, le bruit de la mer la nuit, le dortoir, les chasses au trésor sur l’île… Des souvenirs très précis, presque sensoriels, qui sont revenus naturellement au moment de dessiner pour Salty Lands.