Cela faisait un bon moment déjà que nous longions ces vignes à perte de vue lorsque le soleil tenta une percée dans l’épaisse couche cotonneuse. Elle sortit une paire de lunettes rouge et bleu toute ronde, se roula une cigarette et ouvrit doucement la vitre. Les cercles de fumées, qu’elle formait autour de ses lèvres, semblaient s’échapper au rythme de la musique émanant de l’autoradio. Elle chantonnait les pieds au vent. Et moi, je ne pouvais m’empêcher de tourner mon regard vers elle.

Un peu plus tard dans l’après midi, des nuages sombres recouvrirent le ciel et de fines gouttes de pluie commencèrent à perler sur le pare-brise. Elle, silencieuse, avait emprunté un de mes vêtements pour se réchauffer. Je la trouvais belle, avec ses cheveux en bataille et ce pull trois fois trop grand pour elle.

On continua de nombreux kilomètres sur des routes sinueuses, jusqu’à finir là, moteur coupé, dans cette immensité verte composée de milliers de troncs, de branches, d’épines, trônant fièrement la tête exposée à la brise fraiche de cette fin de journée.

Baigné par la lueur de la guirlande lumineuse de notre maison à quatre roues, on trinqua autour d’une bière locale, en respirant le parfum des épicéas qui embaumaient joyeusement l’atmosphère. Ce soir-là, dans cet endroit empreint de magie, je me couchai à côté d’elle, bercé par le seul bruit de la nature.