Ne plus compter les jours, et regarder les poissons volants… Selamat Pagi Florès

 

Retour sur l’île de Lombok, mais cette fois ci pour prendre un bateau qui nous emmènera en quatre jours, quatre nuits jusqu’à l’île catholique de Florès à presque quatre-cent kilomètres à l’est. En gros si vous prenez une carte, c’est pas très loin de la Papouasie et de l’Australie.

Après avoir traversé l’île en bus, on grimpe dans l’embarcation.  Il y a plus d’une vingtaine de personnes là-dedans, des gens de toutes les nationalités. La lumière tombe peu à peu, une bière bien fraîche devant un magnifique coucher de soleil sur l’eau, un ciel orangé, une impression de liberté…

Puis dodo sur des micro matelas à l’étage, en rang d’oignons, collés comme des sardines. Lendemain, réveil difficile, nuit courte, cette place à côté des machines qu’on m’a refilée n’est définitivement pas le bon plan. Ca fait vraiment un boucan d’enfer !

On enfile nos maillots, tous à l’eau ! Les fonds marins sont superbes, mais mon masque prend l’eau et il y a un très fort courant. Un mec se fait déporter et est à deux doigts de se noyer, un autre vient le secourir de justesse…ouf ! S’en suit une traversée de 18h sans s’arrêter… Le tangage, comme la plupart des passagers me puise toutes mes forces. Cécile prend un médicament, la moitié des gens sont au lit depuis 17h30. Deux heures plus tard je me couche. Je resterais littéralement scotché à mon lit jusqu’à 8h le lendemain, impuissant et fébrile. Pendant mes heures d’errances, je pense à ce bateau transformé en petite feuille, essuyant des creux, me disant «anticipe, aplatit toi au maximum, participe au mouvement… »

La suite du voyage n’est que dépaysement et émerveillement… Une nage avec une grosse raie Manta, des dangereux « poissons lion », une plage toute rose, de l’eau transparente, des tortues, des dragons de Komodo effrayants…Et surtout des montagnes superbes, toutes rondes et vertes qui défilent lentement, un peu de lecture, quelques nouveaux amis avec qui on échange beaucoup, une vie de bateau…

 

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Arrivés à Labuan Bajo, on mange au marché aux poissons, c’est délicieux et retournons avec quelques acolytes dormir cette dernière nuit accostés au port. Le bateau est facilement accessible, beaucoup de mecs rodent…On dort sur nos sacs, la lumière du quai dans la gueule…

Deux jours avec l’impression de tanguer sur la terre ferme, une auberge complètement inondée et insalubre, et une décision prise, on va tester la plongée, la vraie !

Nos premières fois dans l’eau avec des bouteilles. Mélange de stress et d’excitation. On descend. Penser à respirer. On descend. Penser à respirer. Merde j’ai de l’eau dans mon masque. Penser à respirer. Cinquante minutes de plongée, Douze mètres de fond. Trente minutes après c’est reparti. On tombe cette fois ci au milieu de cinq raies Manta de trois-quatre mètres, en train de se faire nettoyer par des petits poissons. On reste là à admirer le spectacle, assis sur le sable à un peu plus de cinq mètres de fond. Parfois une des raies me frôle et je m’aplatis sur le sol. Cécile profite moins, elle est un peu malade et rend pour le bonheur des poissons son petit déjeuner une fois la tête sortie de l’eau.

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La route jusqu’à Ruteng tourne et tourne, il y a des lacets dans tous les sens! Dans la ville, c’est hallucinant, tout le monde nous sourit, nous dit bonjour, nous interpellent…Jamais nous n’avons ressenti un sens de l’accueil aussi fort avant. Il y a une sorte d’énorme joie de vivre ici.

Une fois deux jeunes nous collent. Ils veulent juste parler avec nous en anglais et finissent par nous inviter chez eux, dans une baraque où ils vivent à au moins quarante, sans adulte. Les conditions sont rudimentaires, ils nous proposent un thé qu’on accepte avec plaisir. On est là assis avec tout ce petit monde complètement à fond en face de nous. C’est hyper drôle et ça fait chaud au cœur. Un autre jour, en revenant de curieuses rizières en forme de toile d’araignées, nous marchons au bord d’une route longeant un village. Et là c’est tous les gamins qui sortent de partout avec des sourires jusqu’aux oreilles…Je sors l’appareil, ils sont aux anges. clic-clic je prends des familles entières en photos, souvent devant leur récolte de riz. Un peu plus loin, on nous invite à la réception d’un mariage…

 

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Si la route jusqu’à Ruteng est dure, celle jusqu’à Bajawa est encore pire ! Mais c’est définitivement impossible d’avoir une route droite plus de dix mètres sur cette île ???  Dans la chambre, les murs sont habités, il y a des champignons partout. La nuit, on se réveille en étouffant. Vroum-vroum notre scooter glisse dans la jungle, et au milieu des gigantesques bambous. Grosse détente de quelques heures dans une source chaude, l’un des spots les plus courus par la population du coin qui y vient entre autre prendre son bain. Au retour on tombe par hasard sur une cérémonie pour la construction d’une nouvelle maison dans un village. On nous invite à boire un verre d’arak bien fort (eau de vie de palmier), de manger du buffle sacrifié la veille. Quelques minutes plus tard on se retrouve une machette dans la main, dansant avec eux et imitant leurs gestes au rythme de la musique…Puis visite de la maison. Le propriétaire nous explique la place de l’animisme, leurs pratiques…C’est passionnant.

Le lendemain on est charmé par le village de Gurusina, les gens vivent dans des huttes au pied de la montagne, à cultiver, à tisser. Il y a des petits totems sur les toits et une dame sur le pied de sa maison nous invite à boire le thé et papoter un peu avec elle. Je joue au foot avec quelques gosses. La suite du programme est difficilement praticable en deux roues. Je coupe le moteur et on monte à pied au village de Tololela. Retour dans la nuit noire, mais avec toujours des hommes et des femmes à moitié nus sortant des fourrés et agitant leur coupe coupe en signe de bonjour à notre passage. Les gens d’ici sont pour beaucoup très différents des autres îles que nous avons visitées auparavant. Leur physique se rapprocherait plus des papous…Petite taille, cheveux crépus, peau noire…

 

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Un bus pour Ende, une plage de sable noir où atterrissent les avions juste au-dessus de nos têtes, un resto biologique délicieux tenu par un vieux monsieur vraiment passionné et  nous voilà dans un bemo direction Moni ! Les basses sont poussées au maximum, comme à leur habitude. Chambre pour une fois grand luxe, avec de l’espace et surtout de l’eau chaude. Randonnée au volcan Kalimutu avec deux français sympathiques d’une cinquantaine d’années. Les trois lacs acides au sommet de couleurs différentes sont superbes. Cinq heures de descente à travers champs, rizières, sources chaudes et villages. Et encore et toujours, ce rapport aux gens de l’île juste génial. Dans l’un une vieille dame et son petit-fils nous offrent des oranges cueillis en direct sur l’arbre. Dans un autre un monsieur nous invite chez lui avec toute sa famille, nous explique toute sa vie pendant que l’on mange nos soupes de nouilles.

 

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L’aventure continue. A plusieurs heures de là, nous voilà à Koka beach. Un bungalow minuscule et spartiate, royaume d’araignées en tout genre. Le paysage est superbe, on se détend, traine sur le plage à marée basse, mange du poisson… Nous laissons passer les heures.

Un ojek (scooter-taxi) jusqu’à Paga, un repas improvisé avec deux joyeuses suisses dans pseudo restaurant aux allures de prison non terminée où l’on mange une nourriture infecte en se penchant sur nos assiettes pour éviter la mante religieuse qui tourne dangereusement au-dessus de nos têtes, une nuit dans une maison cool face à la mer. Le matin, on essaye de trouver une voiture à l’arrachée, c’est dur mais ça finit par marcher. Ensuite Bemo sous une chaleur de plomb, entassé comme à l’accoutumé… On met nos boules quiès pour contrer un peu la rafale démentielle des basses imposées par le conducteur.

Arrivée au point final de notre épopée sur cette île, la plage de Wondong avec une nouvelle fois un bungalow face à la mer. L’endroit forme une baie charmante et isolée…Mais il nous est fortement déconseillé de trop s’excentrer, car notre propriétaire a un différend avec un autre, et celui-ci peut être violent. Qui plus est un fou traine aussi parfois dans les parages…réjouissant hein?

Lorsque le soleil vient à baisser, on observe les petits bateaux sortir pour la pêche, et je continue d’apprendre et de griffonner des centaines de mots d’indonésien sur mon carnet. C’est rigolo de commencer à parler. Le soir, après avoir engloutis un poisson délicatement préparé, et papoté de nos aventures avec les autres voyageurs, nous rentrons par une longue marche sur la plage, en faisant toujours gaffe aux deux tarés. En observant les locaux torche à la main, pêcher à marée basse avec leur coupe coupe ! Je sors ma phrase appris par coeur en essayant d’articuler le mieux possible :  » Boleh saya mancing ikan dengan kamu? » (Puis je pêcher avec vous?) Ca marche à tous les coups…Leurs yeux écarquillés interloqués esquissent un gentil sourire…Et voilà moi aussi je me retrouve à essayer d’assommer les petits poissons avec de l’eau jusqu’aux mollets…Mais c’est sacrément dur ! Des fois je me dis que c’est plus comme un jeu…Souvent on part faire du snorkeling. Il y a encore des coraux et poissons magnifiques, des « tombants » plus qu’impressionnants…En rentrant le dernier soir, on est suivi par un dauphin et nos yeux se perdent dans l’eau, émerveillés par les nombreux poissons volants…

 

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Deux mois s’achèvent sur cette note douce et plus que jamais apaisée. Notre vol pour Kuala Lumpur, sortie du pays oblige faute de renouvellement de Visa nous attend. Nous disons en revoir à Lya, notre copine de plage, lui souhaitons de bien continuer son bouquin et refermons la porte d’un ultime bémo…

Je finirais ce texte par cet anecdote racontée par un couple de voyageurs que l’on a rencontré à Wondong. Un jour alors qu’ils se promenaient derrière la plage, en omettant consciemment de suivre les consignes de sécurité, ils virent un mec qui se cachait en les observant derrière un arbre. Puis il se mit tout à coup au grand jour et grimpa tout en haut d’un cocotier où il décrocha trois noix de coco…Arrivé en bas il les trancha de son coupe coupe, leur en donna deux pour dégustation, et s’assit à côté d’eux… Situation bizarre, où chacun bu sa noix de coco sans échanger un seul mot..

 

Valentin Porcher et Cécile Chétif

 


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À propos de l'auteur :

Valentin Porcher
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Artistic director at OLOW Trademark

Site web : www.olow.fr