Je ne suis pas encore levé que ma journée affiche déjà un retard de vingt minutes. Une sale histoire de réveils décalés dans la rude bataille des minutes, finalement récupérées à la petite cuillère. Putain, je suis en retard. Café amer, dentifrice, cigarette : me voila en route pour une semaine de dur labeur. Dehors il fait froid. Deux longs mois que ça dure, mais je ne m’y habituerai jamais. Je serre les poings, pince mes lèvres et rentre mon cou à la manière d’un Grand-duc. Mardi 05 mars, 07 heures : la journée m’a l’air aussi éprouvante que la lecture d’un Édito d’Audrey Pulvar dans les Inrocks. Au moment de lancer la bande-originale de mon périple polaire (n’ayons pas peur des mots), mon œil s’arrête sur une pochette d’album atypique. Un fond violet enfumé et floqué d’une tête d’éléphant en guirlande. Si le mammifère me fixe de façon effrayante, la curiosité l’emporte et devient chef d’orchestre de mon trajet. Disons-le franchement, confier cette responsabilité à un sentiment aussi casse gueule, c’est à se tirer une balle dans le pied. Les (trop) nombreuses fois où, emporté par la fougue, j’ai lancé des chansons au hasard d’une pochette attrayante, je m’en suis mordu les doigts. Oui, la publicité mensongère existe dans le vaste monde de la musique. Tant pis, les bienheureux Eclectic Moniker et leur belle tête d’éléphant croisé sapin de Noël l’emportent. Les gars, vous me décevrez peut-être, mais soyez sur que vous m’aurez séduit.
 

 

Easter Island déboule dans mes oreilles et me stoppe net. Ça faisait un paquet de mois que je n’avais pas été aussi étonné en écoutant une chanson. Bien souvent, de belles découvertes se manifestent entre 2 playlists en aléatoire, mais elle sont rarement aussi intenses que cette chanson fraichement invitée dans mes oreilles. Il y a encore 30 secondes, j’étais à mille lieux d’imaginer que je puisse écouter ce genre de musique. La dernière fois que j’ai entendu ce type de mélodie, c’était dans une vieille soupe de variété populaire. Vous savez, le genre de truc dangereux pour l’avenir de la musique. Renfermé dans le cimetière des sonorités interdites, je m’étais toujours interdit la réécouter un jour. Pour autant, Eclectic Moniker ne me débecte pas autant qu’un concert de Franky Vincent un 15 août. Oui, c’est original. Oui ça trouble. Mais non, ce n’est pas dégueulasse. Ça d’ailleurs tendance à me faire siffloter en oubliant les mains glacées et les stalactites dans les narines. Parce que, c’est une évidence, Easter Island pue l’été, les caipirinhas au soleil et la mer à trois kilomètres. Vraiment pas le genre de son qu’on pense à mettre Mardi 05 mars à 07h. 3 minutes 15 en vacances, le deal est un peu court et mérite une seconde écoute. Eclectic Moniker, vous êtes arrivés à un moment ou je ne vous attendais pas et dieu que c’est bon. J’aime être étonné, je préfère être déboussolé. Vous m’avez retourné le cerveau en une chanson et je ne sais plus très bien si ma place est dans un bureau ou sur la plage. Merci, c’est cool. Je ne vous sortirai peut être pas tout de suite en soirée, préférant vous garder pour mes matins difficiles. Mais soyez sûr que vous occuperez mes playlists estivales dès que cette trompette de soleil pointera le bout ses rayons.

 

 

Note : Après recherches, il se trouve que les larrons d’Eclectic Moniker ne sortent pas d’un pays où le soleil fait loi. Danois jusqu’à l’os, le groupe fait partie de cette scène qui gagne à s’exporter. D’ailleurs, le chanteur Frederik Vedersø, dont la barbe ne vous laissera surement pas indifférente, apparait dans un duo avec une autre formation du pays : Jetsi Kain. Avec une voix pareille, on ne peut que s’incliner.
 
 
Calixte